MarsNeedsHeroes (jour 13) - Nataliya et le camarade Poutine
Par Matsya

la navette russe bourane

Samedi - 2:12 am

- Tu refuses de me dire quoi que ce soit à propos de ton passé, mais tes petits amis du KGB, eux, connaissent tout. Il faut s’être foutue sur la gueule avec toi combien de fois pour que tu finisses par la cracher, ta Valda ?

- Si tu veux vraiment qu’on en vienne aux mains, fais-toi plaisir, frappe la première !

Cela aurait pu être un délicieux moment d’intimité entre Larissa et moi, le premier ou presque depuis le début de MarsNeedsHeroes. Au lieu de ça, depuis à peine deux heures que l’hélico nous a déposées sur ce porte-conteneur, je passe mon temps à vomir, et je suis d’une humeur de pitbull. Dehors, c’est la tempête. Dans notre petite cabine crasseuse, c’est à peine mieux.

- Ecoute, j’ai beau être blonde, je sais tenir un secret. Alors s’il te plaît, fais-moi un peu confiance et dis-moi donc enfin pourquoi toutes ces barbouses te collent aux basques. Tu me dois bien ça, quand même !

- Matsya, combien de fois faudra-t-il que je te le répète : savoir ce genre de choses, c’est risquer ta vie ainsi que toute ton expédition sur Mars. Tu n’as pas idée de ce dont il est capable. Ce que tu as vu n’était qu’un avertissement.

Mon ventre est encore secoué de spasmes, même si cela fait un bail qu’il n’a plus rien à éjecter. Si je continue à ce rythme-là, je ressemblerai à Nicole Richie quand on arrivera à Seattle…

- Larissa, je crois en toi. Je suis intimement convaincue que tu es la meilleure co-équipère possible pour Mars | Semi | Direct. Pour t’avoir avec moi sur cette mission, je suis prête à prendre de gros risques. Y compris celui de mentir à Vladimir Poutine. Mais mets-toi un peu à ma place : si tu t’obstines à tout me cacher de toi, y compris des histoires qui remontent à Mathusalem, comment puis-je croire une seule seconde que tu me considères comme une vraie partenaire, et non comme un simple moyen d’accomplir ton ambition de devenir astronaute ?

- Mon histoire n’a rien de bien compliqué : blesse un homme dans son petit orgueil de mâle, et il te le fera payer aussi cher que son petit pouvoir le lui permettra. S’il est ouvrier à l’usine, tu t’en tireras peut-être avec un oeil au beurre noir. Mais s’il se trouve que l’homme en question tient à sa botte une nation de 142 millions de personnes, les conséquences peuvent être légèrement plus fâcheuses…

- Dois-je en déduire que tu as eu une liaison avec Vladimir Poutine ?

- C’est ce que lui aurait bien voulu, mais j’ai toujours refusé. A l’époque, j’avais 23 ans, je m’appelais Nataliya, et je travaillais au KGB sous le commandement direct du camarade Poutine. Je passais mes journées à endurer ce que vous les Américains d’aujourd’hui vous appeleriez du “harcèlement sexuel”, mais je tenais bon car j’avais devant moi une prometteuse carrière dans les services secrets. Cependant, lorsque Poutine a vu que ses avances ne le menaient nulle part, il m’a convoquée pour me faire savoir que tout était fini pour moi et qu’il allait faire son possible pour me briser professionnellement.

- Et c’est depuis ce jour-là qu’il te poursuit ?

- Pas exactement. A la sortie de cet entretien, j’étais totalement déboussolée et je ne savais pas trop quoi faire. Alors, faute de mieux, le lendemain matin, je suis retournée au travail comme si de rien n’était. Mais au bureau, une surprise m’attendait : un télégramme m’informant que j’avais été sélectionnée pour faire partie des sept cosmonautes qui embarqueraient dans la toute nouvelle navette Bourane. J’étais folle de joie, mais, par crainte de représailles du camarade Poutine, qui avait lui aussi présenté sa candidature pour faire partie de l’équipage de Bourane, je me suis bien gardée d’en parler à qui que ce soit, sauf à Tatyana, ma confidente et seule amie à l’époque. J’ai démissionné sans regret de mon emploi au KGB, et j’ai rejoint secrètement le centre d’entraînement de la Cité des Etoiles, près de Moscou, sous la supervision du Professeur Sergueiev. Les trois années d’apprentissage qui suivirent furent les plus heureuses de toute ma vie. Je travaillais dur - tu connais Sergueiev -, mais je m’épanouissais comme jamais. J’avais enfin trouvé ma place. J’étais jeune, j’étais photogénique, et, en tant que fille d’ouvrier et pur produit de la méritocratie communiste, j’étais la candidate idéale pour porter jusque dans l’espace les couleurs de l’Union Soviétique.

- Je rêverais de voir des photos de l’époque ! Tu devais être d’une beauté… Mais alors, au final, qu’est-ce qui a foiré ?

- J’écrivais fréquemment des lettres à Tatyana où je lui racontais comment se déroulait mon entraînement, comment ma vie avait pris un nouveau départ… Ce que j’ignorais, c’est qu’entretemps Tatyana et Poutine étaient devenus amants. Elle ne m’en a jamais pipé mot. Ensemble, patiemment, ils ont monté de toutes pièces un dossier m’accusant de revendre les secrets du programme spatial soviétique aux puissances ennemies. A une semaine du décollage de la navette, la veille du jour où le nom des cosmonautes devait être rendu public, le dossier est arrivé sur le bureau du Premier Secrétaire. A ce moment, mes compagnons et moi-même étions en route pour le Cosmodrôme de Baikonour. Lorsque j’ai vu tous ces soldats sur le tarmac, je me suis tout de suite doutée qu’il ne s’agissait pas d’une haie d’honneur, mais d’une délégation venue me chercher pour m’expédier au goulag. Alors j’ai fui en utilisant les moyens que j’avais à ma disposition. J’ai disparu dans la campagne kazakhe. Je suis devenue Larissa Melnikovskaia. J’ai fait de mon mieux pour me faire oublier… jusqu’à ce que mon chemin croise le tien. Je te laisse imaginer l’effet que cela a du produire sur Vladimir Poutine lorsqu’il a vu ma tête dans les journaux. J’espérais secrètement qu’il ne me reconnaisse pas, mais manifestement c’est le cas. Et, de toute évidence, sa rancune n’a rien perdu avec les années.

- Je crois que je commence à comprendre pourquoi il t’est devenu si difficile d’accorder ta confiance…

J’aurais bien volontiers sorti les violons pour dire à Larissa à quel point son histoire m’avait touchée, mais on frappe à la porte de notre cabine pour nous signaler une visite imminente des garde-côte canadiens. Il faut vite aller nous planquer dans le conteneur prévu à cet effet (d’habitude il sert à planquer des travailleurs clandestins nigérians). J’espère que vous ne m’en voudrez pas trop, mais je vous laisse, hein… Bises !

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Nouveau : posez vos questions à la blonde
Par Matsya

Chers tous,

Je sais que certains d’entre vous se posent des questions existentielles, telles que :

- combien seront payés les astronautes de Mars | Semi | Direct ?

- la mission Mars | Semi | Direct a-t-elle pour objectif de chercher de la vie sur Mars ?

ou bien encore :

- Matsya est-elle une vraie blonde ?

C’est pourquoi l’équipe du site et moi-même sommes extrêmement fiers de vous présenter notre splendidissime et très attendue FAQ martienne.

Vous la trouverez à l’adresse suivante : http://www.marssemidirect.com/faq/

Si vous avez des questions dont la réponse ne figure pas sur cette page, vous pouvez me laisser un petit commentaire à la suite de cet article (ou de n’importe quel article de Mars | Semi | Direct), ou bien m’envoyer un gentil petit mail à matsya (at) marssemidirect.com

Promis : je tenterai de répondre à toutes les questions, pourvu qu’elles soient posées gentiment :)

Je vous enmbrasse tous bien fort, et je vous dis à très bientôt.

Plein de biz

M.

questions blonde

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“Choc ! L’astronaute était en réalité une gangsteresse” (The National Examiner)
Par Service Presse MarsNeedsWomen Inc.

examiner

Une violente altercation impliquant une astronaute de la mission Mars | Semi | Direct annonce le retour probable des gangs dans la capitale de l’Alaska.

Anchorage, AK

“La concurrente la plus douée de sa promotion”, “des performances athlétiques et intellectuelles hors du commun” : Larissa Melnikovskaia cachait bien son jeu. Qui aurait pu croire que l’élève-modèle de l’écurie d’apprentis-astronautes recrutée par Matsya pour son projet de mission sur Mars, n’était autre qu’une dangereuse chef de gang ?

Pendant le concert de Matsya, Larissa Melnikovskaia, détenue sous arrêt judiciaire dans sa chambre d’hôpital suite au vol d’un hélicoptère, s’est échappée au moyen d’une corde, probablement avec l’aide d’un complice. Sitôt parvenue en bas, elle aurait violemment agressé quatre ressortissants russes qui se trouvaient à cet endroit au même moment. Le témoignage d’un officier de police, présent sur les lieux au moment des faits et tenant à rester anonyme par crainte de représailles parle d’une “tornade humaine”, délivrant des coups d’une “violence inouïe dans toutes les directions”. Parmi les quatre victimes, on compte une femme, gravement dévisagée, une côte fêlée et toutes les dents de devant brisées.

Larissa Melnikovskaia aurait ensuite été rejointe par plusieurs complices masqués, et aurait fui avec eux au volant d’un véhicule non-identifié.

Au cours d’une conférence de presse, le chef de la police d’Anchorage a dit voir dans cet incident “une inquiétante montée de la violence des gangs” dans la capitale de l’Etat.

Interrogé par nos soins, le service de presse de Matsya déclare déplorer cet incident, et affirme que la chanteuse a “coupé les ponts” avec la candidate l’avant-veille des faits, “sitôt rendue la décision du tribunal”.

Voir aussi p.16 notre article “Matsya incriminée de détournement de mineure suite au strip-tease d’une adolescente lors de son dernier concert”

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MarsNeedsHeroes (jour 12) - Nigerian Connection
Par Matsya

[note préalable : désolée les amis, je me suis encore fait spammer. Que les abonnés à la mailing list ayant reçu hier un message proposant de leur vendre des pilotes de carte son veuillent bien m’excuser : je ne suis pour rien dans ce truc. Et d’ailleurs, si quelqu’un d’entre vous a une idée de comment de débarrasser de ce genre de boulets, qu’il (ou elle) me le fasse savoir : ce serait rendre un fier service à tous les abonnés de ce site et à moi. Promis, je l’emmènerai sur Mars avec moi !!! Par avance merci. M.]

Vendredi - 9:30 pm

Je grimpe dans le van aux vitres fumées. Adam est au volant, mais il n’est pas tout seul. Il y également Issac, Shakale, Usen et Lawren. Cinq beaux blacks pour moi toute seule, chanceuse que je suis… D’où il les sort ? De sa société secrète nigériane, qui apparemment est tellement puissante qu’elle étend ses racines jusqu’en Alaska. Grâce à ces gusses, on va libérer Larissa. Tout ce que j’espère, c’est qu’elle ne sera pas trop jalouse quand elle les verra. Ou bien qu’elle ne s’avisera pas de repartir avec l’un d’entre eux… Allez, trève de fantasmes : il faut que je me démaquille.

Vendredi - 9:42 pm

La route est totalement déserte. Tout Anchorage est en train de regarder le concert, retransmis en live sur la TV locale. De toute évidence, Yolanda se débrouille comme une déesse : tout le monde y croit. Il est grand temps que je me barre sur Mars, vu qu’on peut me remplacer aussi facilement.

Vendredi - 9:51 pm

Les gars m’attendent dans la voiture. Il faut que je fasse vite, car le timing est hyper-serré. J’ai sur moi une corde, des mousquetons et deux baudriers. Ils nous serviront, à Larissa et à moi, à descendre en rappel de sa chambre. Quand je pense à la dernière fois que j’ai essayé de faire du rappel (le prof a été obligé de me secourir au beau milieu de la paroi), ça me rassure modérément… mais que ne ferais-je pas par amour ?

Les doubles portes vitrées de l’hôpital s’ouvrent. C’est parti. Etant donné qu’il est difficile de rester inaperçue quand on passe à l’antenne une fois toutes les 17 secondes, je me suis déguisée en brune. La réceptionniste a les yeux rivés sur son poste de télévision, et me voit à peine passer. Personne dans les couloirs. Pour évitée d’être reconnue dans l’ascenseur, j’emprunte l’escalier de service jusqu’au troisième étage. Reste à passer Gordon, le policier de garde.

Pour lui, j’ai mis au point un stratagème spécial : je lui ai promis une spéciale dédicace lors de la dernière chanson. Ce qui l’obligera, si tout se passe bien, à se déplacer jusqu’au poste de télévision situé dans la salle des infirmières, au bout du couloir.

Vendredi - 9:55 pm

J’allume mon iPhone en fonction TV pour voir où en est le concert. Ca rame, ça rame… voilà : Yolanda est pile en train d’entamer le speech qui précède le dernier titre. Je la vois remuer les lèvres, parfaitement synchrone avec le texte que j’avais pré-enregistré pour elle.

“Je voudrais dédier cette chanson à tous les policiers d’Anchorage, dont je tiens à saluer le courage, bla, bla, bla, et avec une mention toute spéciale pour Gordon, qui est mon chouchou entre tous. Gordon, si tu m’entends, etc.”

Des pas précipités dans le couloir, des cris de joie : c’est Gordon qui connaît son petit quart d’heure de gloire auprès de infirmières et de sa femme. Vérification : la chaise devant la chambre est vide. Go.

Larissa semble heureuse de me voir, mais pas le moins du monde surprise. Se doutant de quelque coup tordu de ma part, elle a même enfilé sa doudoune et préparé son sac. Baiser torride.

Vendredi - 9:58 pm

Larissa saute de la corde avec une grâce féline, puis m’aide à descendre. Nous nous trouvons dans un passage en contrebas de l’immeuble. Il ne nous reste plus qu’à rejoindre la voiture avant que la présence de la corde ne nous fasse repérer. Cependant, à peine avons-nous fait quelques pas que deux silhouettes imposantes nous barrent la route. Demi-tour. Deux autres silhouettes face à nous, dont une féminine. Bogdana.

J’ai été bien stupide de supposer que celle-là resterait scotchée devant la télé comme une bécasse. Peut-être que j’aurais dû lui faire le coup de la spéciale-dédicace à elle aussi ?

(à suivre)

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MarsNeedsHeroes (jour 12) - Concertus Interruptus
Par Matsya

Matsya concert anchorage

Vendredi - 6:46 pm

La Sullivan Arena est déjà pleine à craquer, mais il y a quand même 500 m de queue à l’entrée. Grâce aux talents d’organisateur de Dick, tout Anchorage est venue au concert de charité en faveur des victimes de l’éruption volcanique, que je donne en guise de travaux d’intérêt général. Anchorage, plus tous les environs. Et probablement aussi une bonne moitié de la population de l’Etat, si j’en juge par le nombre de pickups qui klaxonnent à l’entrée du parking. Il va falloir une pelleteuse pour tasser tout ce monde à l’intérieur.

Pour ne rien vous cacher, c’est une manière bien agréable de m’acquitter de ma dette envers la société. Ah la la, ces papillons dans le ventre qui vous assaillent juste avant d’entrer sur scène, si vous saviez comme c’est bon ! On se sent vivre comme jamais. Avant un concert, je regarde toujours en cachette à travers les rideaux lorsque la salle se remplit. Non seulement ça me permet de voir mon public en pleine lumière (une fois le show commencé on a les projos braqués dans les yeux et on ne voit plus rien), mais surtout ça me colle encore plus la frousse, ça devient quasi-insoutenable. Presque orgasmique. Il y a, paraît-il, des musiciens qui ne connaissent pas le trac. Hé bien vous savez quoi ? Je les plains…

Quant à moi, tout ça me manquera cruellement une fois que je serai dans l’espace, loin de tout.

Vendredi - 7:21

Première partie du concert : les Stroppy Cows, un groupe de lesbiennes tendance punk originaire d’Alaska. La musique est bonne, le groupe assure pas mal, mais, mise à part une poignée de fans bruyants, le public reste un peu tiède.

Vendredi - 7:45 pm

Les pauvres Stroppy Cows quittent la scène sous quelques maigres applaudissements polis, sans même un rappel. C’est alors que le carré VIP se remplit à son tour. Ces gens-là ne se déplacent en général pas pour la première partie : c’est la tête d’affiche qu’ils viennent voir. Tous les pipoles sont là : Karl Lagerfeld, sublime dans sa veste argentée, la gouverneure, avec sa plus abominable robe à fleurs (pourvu qu’elle ne tente pas de faire un discours…), le maire et sa femme, le chef de la police et une bonne partie de ses officiers supérieurs, un paquet de journalistes… Parfait. Tout le pays a les yeux rivés sur cette scène. Pour l’instant, mon plan fonctionne comme dans un rêve.

Vendredi - 8:07 pm

Les techniciens finissent de brancher le matos. La salle se met à claquer dans ses mains sur le rythme de We Will Rock You en appelant “Matsya ! Matsya !”. Ils sont à point. Je pourrais entrer dès maintenant si je le voulais, mais je vais les faire attendre quelques minutes de plus. Pourquoi ? Parce qu’une vraie star n’arrive jamais à l’heure sur scène. C’est parfaitement idiot, mais c’est comme ça.

Vendredi - 8:12 pm

Extinction des lumières. Les musiciens se mettent discrètement en place. Si tout le public continue à taper des pieds comme ça, la Sullivan Arena va finir par s’écrouler.

Vendredi - 8:17 pm

Toujours dans la pénombre, les instruments commencent à entonner l’introduction de Solid Rocket Booster, un de mes tubes récents les plus punchy. Dès la première note, la salle se met à hurler de joie.

Quant à moi, derrière le rideau, je savoure mon propre trac jusqu’à la dernière petite micro-goutte… mais maintenant, c’est à moi d’entrer…

Vendredi - 9:25 pm

Le rideau se referme.

Dans ma tête, je me repasse en accéléré les moments forts du show. Sur Man Enough, tous les mecs de la salle ont enlevé leur chemise pour parader torse nu, ça a mis une ambiance de feu. Et sur la partie instrumentale de Naked Under My EVA Suit, ce sont les filles qui se sont lâchées. La sécurité a même dû intervenir pour empêcher une gamine d’à peine seize ans de faire un strip intégral devant tout le monde. Dehors, plus de deux mille personnes se gèlent par -10°C pour suivre le spectacle sur grand écran (mon spectacle, bien entendu, pas la minette qui faisait son strip, bande de mauvaises langues !). Bref, tout était réuni pour que ce concert soit ce qu’on peut appeler un bon concert.

D’ailleurs, le public en veut encore. Ils sont déchaînés, ils ne me lâcheront pas comme ça. Ils me réclament une autre chanson.

Mais je ne retournerai pas de l’autre côté du rideau.

Non pas parce que je suis fatiguée : avec la patate que j’ai ce soir, je pourrais chanter toute la nuit. Encore moins par manque d’envie, car il y a dans cette salle une énergie qui me donne envie de me défoncer.

Je dois partir, car j’ai une affaire de la plus haute importance à régler immédiatement. Comme convenu, Adam m’attend dehors, au volant d’une voiture aux vitres teintées.

C’est Yolanda qui prendra la relève en playback. Qui est Yolanda ? C’est une sosie de moi. Il en existe des milliers aux Etats-Unis, tout comme il existe des sosies d’Elvis ou de Michael Jackson. J’ai recruté Yolanda en passant par les petites annonces. Ce soir, maquillée et habillée comme moi, elle fera parfaitement illusion le temps d’une chanson ou deux.

Quant à la vraie Matsya, lorsque le concert sera fini, elle sera déjà bien, bien loin…

Voilà, c’est tout pour ajourd’hui ! Je vous donne rendez-vous très bientôt pour vous expliquer la suite de mon petit plan.

En attendant, prenez bien soin de vous, et surtout protégez-vous de la méchante grippe qui traîne en ce moment.

Bises (avec masque de chirurgien)

M.

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Les deux pieds dans la poutine
Par Matsya

poutine

Au Québec, m’a-t-on dit, le plat national s’appelle la poutine. D’après les descriptions qu’on m’en a faites, ce serait une sorte de truc hyper-gras, avec des frites, du fromage et du jus de viande (ouais, commes vous dites…).

Hé bien là, on peut le dire : je patauge jusqu’aux genoux dans la poutine.

Pourquoi Vlad Poutine veut la peau de Larissa, ça, je l’ignore totalement, et je m’en fous pas mal… Enfin non, en vrai, je ne m’en fous pas du tout, et je donnerais volontiers mon jet privé plus 300 paires de shoes pour le savoir.

Mais là maintenant, ce qui me turlupine le plus, c’est que je ne comprends pas pourquoi Vladimir, si c’est bien de lui qu’il s’agit, aurait choisi de recourir à des méthodes aussi extrêmes, alors qu’il avait à sa disposition mille autre moyens de me pousser à exclure Larissa de notre expédition martienne.

En effet, il me tient par la peau des fesses : c’est lui qui me loue la base spatiale de Baikonour à un prix défiant toute concurrence. Faire pression sur moi aurait été un jeu d’enfant. Un coup de fil, quelques menaces voilées, et le tour était joué.

Non : au lieu de cela, ce salaud préfère truquer les épreuves de sélection et envoyer ses sbires pour casser la gueule de Larissa. Pourquoi ? La souffrance des gens a-t-elle donc si peu d’importance à ses yeux ?

Et puis pourquoi me fait-il ça à moi, bordel ? Pourtant, par le passé, on a été de vrais partenaires, Vlad et moi. Jamais il n’aurait pu gagner le coeur d’Alina, sa maîtresse actuelle, si je n’avais pas provoqué la crise de jalousie qui a tout déclenché (oui, Alina me déteste toujours, et non, je n’ai jamais couché avec lui). Lui m’a bien sortie d’affaire lorsque j’ai eu maille à partir avec la mafia russe suite à une rupture calamiteuse avec un ex-petit ami (oui, il me déteste toujours, et non, je n’ai toujours pas couché avec Vlad en guise de remerciement).

En réalité, je crois qu’il ne se doute pas de ma liaison avec Larissa, et qu’il tente probablement de me cacher (pas très habilement) ses manoeuvres pour la dissuader d’embarquer avec moi pour Mars. Ou bien peut-être est-il au courant de notre relation, et considère-t-il la violence exercée à l’égard de Larissa comme un moyen de pression indirect sur moi. En tout cas, quelle que soit sa stratégie, il la mène à sa façon : sans négociation, en frappant le premier pour montrer de quoi il est capable.

Pourtant, je vais être bien obligée à faire preuve de réalisme : j’ai besoin de Vladimir. En effet, ce ne sont pas les Américains, ni les Français, et encore moins les Chinois, qui me procureront des infrastructures spatiales à un coût compatible avec mes maigres moyens. Et ce salopard le sait. Pas de Poutine, pas de Mars | Semi | Direct. Il va donc falloir que je m’habitue à l’idée que mon plus dangereux ennemi soit également mon allié le plus puissant.

Mais vous me connaissez : j’ai l’esprit de contradiction. Hors de question de me laisser intimider. Même par Vladimir Poutine. Face à lui, je vais faire comme si tout allait bien et que Larissa avait décidé subitement de quitter la sélection de MarsNeedsHeroes de son propre chef pour raisons de santé. Mais soyez certains qu’en coulisses je tenterai tout ce qui sera en mon pouvoir pour contrecarrer ses plans.

Première étape : extraire en cachette Larissa du territoire de l’Etat d’Alaska (dont elle ne doit normalement pas sortir avant son jugement), et la mettre en sécurité là où Poutine et sa bande de brigands n’iront pas la chercher.

Seconde étape : faire le ménage chez moi et dénicher les traîtres qui se cachent dans mon équipe.

On commence à naviguer en eaux troubles. C’est là que ça devient vraiment excitant…

Alina Kabaeva
Alina Kabaeva, la girlfriend de Vladimir Poutine

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MarsNeedsHeroes (jour 9) - La Rouquine et le Lynx
Par Matsya

Mardi - 6:12 pm

- Larissa, tu peux me le dire maintenant : c’était qui, cette pétasse de rouquine ?

Elle fixe le vide. Pas une larme. Aucune trace d’émotion. A travers les vitres de l’hôpital, je contemple Anchorage recouverte par les cendres.

- Son nom est Bogdana Kuznetsova. Il y a bien des années, lorsque je travaillais pour le KGB, elle a été mon apprentie. C’est moi qui lui ai enseigné tout ce qu’elle sait. Parmi les stagiaires que j’ai pu avoir, c’était certainement elle la plus douée.

Silence pesant. Je me sens soudain toute petite et bien fragile au milieu de ces super-héroïnes soviétiques…

- Ok, je veux bien croire que cette Bogdana connaisse toutes les techniques ninja ancestrales qu’on apprend dans les services secrets. Mais toi, je t’ai quand même vue maîtriser à mains nues un mec costaud armé d’un fusil. Je n’arrive pas à imaginer qu’une espèce de grognasse adipeuse comme elle ait pu avoir le dessus sur toi, juste comme ça. Et puis il y a un autre truc qui me chagrine : puisque tu la connaissais, tu a bien du te méfier d’elle en la voyant dans la même cellule que toi, pas vrai ?

- Bogdana est plus rusée que cela. A mon arrivée, elle était déguisée en clocharde ivre-morte. L’illusion était parfaite : elle était vêtue de nippes, elle sentait l’alcool, et feignait de dormir, le visage dissimulé entre ses genoux. Malgré tout, j’ai gardé un oeil sur elle, car cette manière de cacher sa tête ne m’inspirait rien de bon. Cependant - et c’est là que son plan était particulièrement astucieux -, en attirant mon attention sur elle, elle a réussi à faire passer au second plan la menace que pouvaient représenter les autres co-détenues. Or, c’est de là que le danger est arrivé. Au signal de Bogdana, quatre femmes se sont jetées sur moi. Elles faisaient mine de ne pas se connaître, mais appartenaient en réalité au même gang. Elles avaient été grassement payées pour me mettre hors d’état de nuire.

- Tu leur as bien mis quelques beignes, j’espère ? Larissa Melnikovskaia ne lâche tout de même pas l’affaire comme ça !

- Sois assurée, Matsya, que j’ai fait tout ce qui était en mon pouvoir pour que leur salaire soit bien mérité. Je me suis débattue autant que j’ai pu, et j’en ai même laissée une sur le carreau. Malheureusement, contre quatre filles aguerries et fortes, je n’ai guère pu tenir que quelques secondes avant d’être ceinturée et bâillonnée. C’est à ce moment que Bogdana s’est levée et a montré son visage. Ensuite, elles ont passé quasiment toute la nuit à me frapper et à me brûler avec des briquets.

- Je soupçonne qu’elle ou ses amis ont également des relations parmi le personnel de la prison, et qu’elle s’en soit servi pour être placée dans la même cellule que toi ?

- C’est tout à fait certain. Comme tu peux le voir, mes ennemis ont le bras long. Je sais également que ce sont eux qui ont truqué la sélection MarsNeedsHeroes de manière à me faire rater l’épreuve de natation avec combinaison. C’était un avertissement, j’aurais dû le considérer comme tel.

- Larissa, sache une chose : tes ennemis sont mes ennemis. Je trouverai qui, dans l’équipe MarsNeedsHeroes, est à l’initiative de ce sabotage. Je le ferai virer sur-le-champ et je m’assurerai personnellement qu’il finisse sa carrière à servir des hamburgers chez Mc Donald’s. J’interviendrai auprès de la gouverneure pour qu’une enquête soit menée à la prison et que les coupables soient sanctionnés.

- Matsya, tu ne sais pas à qui tu as affaire.

- Mais tu me l’as dit toi-même : ce sont les services secrets russes, n’est-ce pas ?

- Les services secrets ne sont qu’un instrument. Cette opération a été commanditée par Vladimir Poutine en personne.

- Mais Vladimir est un ami ! Je ne comprends pas qu’il puisse me faire ça à moi !

- Je ne peux pas t’en dire plus. Moins tu en sauras, plus tu seras en sécurité. Mais je vais te donner un conseil : si tu veux avoir la moindre chance d’aller sur Mars un jour, exclue-moi immédiatement de la procédure de sélection et fais-le savoir haut et fort. Poutine préfèrera faire sauter la navette plutôt que de me savoir dedans.

- En tout cas, dans cette clinique, tu ne risques rien. Il y a un flic jour et nuit derrière la porte de ta chambre, plus deux véhicules en faction dehors. Tu es mieux gardée que Fort Knox !

On apporte le dîner. L’infirmier qui pousse le chariot n’a pas l’air louche pour deux sous, mais j’insiste pour que Gordon, l’officier de police qui garde la chambre, le fouille malgré tout. Pas d’arme. Tout va bien.

Jusqu’à ce que Larissa soulève le couvercle de son plat de résistance, pour y trouver, délicatement entourée de persil et trônant au milieu des lasagnes végétariennes, une tête de chat coupée. Allusion, dixit Larissa, à son ancien surnom d’agent secret, le Lynx.

- Tu sais ce qui te reste à faire, dit-elle.

- Oui : je vais publier dans la demi-heure un communiqué de presse déclarant que tu as été exclue des épreuves pour cause de démêlés avec la justice, et faire en sorte que Vladimir Poutine le reçoive dès son petit-déjeûner. Mais rassure-toi : j’ai d’autres plans.

- Lesquels ?

- A ce stade, tu n’as qu’une seule chose à savoir : fais-moi confiance, je ne te laisserai pas tomber. Et maintenant c’est à mon tour de te donner un conseil : ne me sous-estime pas parce que je suis blonde. Matsya ne perd jamais

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MarsNeedsHeroes (Jour 8) - Jailhouse Rock
Par Matsya

prison de poupees

Tous ceux qui y ont été vous le diront : la prison, c’est dur.

Mais moi je ne suis pas 100% d’accord. Voici comment s’est déroulé mon séjour à la County Jail d’Anchorage :

Lundi - 2:22 pm

A notre arrivée, tout le commissariat est en ébullition. Tout le monde se presse pour nous regarder comme des bêtes curieuses. Les policiers rivalisent de petites attentions avec moi : café par-ci, donuts par-là, petite douche bien chaude dans le vestiaire des dames…

Lundi - 3:45 pm

Début de mon interrogatoire, sans nul doute plus bidon de toute l’histoire de l’Alaska. Sachant que la moitié du commissariat devait être massée de l’autre côté de la glace sans tain pour m’observer, je leur sors le grand jeu façon Basic Instinct (sans le coup de la jupe, je précise). Visiblement impressionné, l’inspecteur de police me laisse le taquiner avec une docilité frisant le masochisme, et rit à toutes mes blagues, y compris lorsqu’il en est la cible. A l’issue de vingt minutes d’entretien, il me quitte à contrecoeur en me demandant discrètement un autographe pour sa fille ainée Rosie.

Lundi - 4:28 pm

Passage devant la juge, seule personne à faire montre d’un peu de rigueur à mon égard. Elle m’administre ce que l’on appelle dans le métier une “sévère admonestation”. Cependant, après un tout petit quart d’heure à faire le dos rond et à m’excuser platement à grands renforts de “Votre Honneur”, je ressors de la salle, avec pour toute condamnation vingt heures de travaux d’intérêt général. Je propose un concert au profit des victimes de l’éruption volcanique. Elle dit “nous examinerons votre proposition” (en jargon de juge, ça veut dire oui), et fixe ma caution à 15 000 $.

Lundi - 5:16 pm

Etonnement général : je refuse de payer ma caution. Non pas que je n’ai pas les 15 000 $ (c’est à peu près ce que je dépense tous les mois en fringues) : c’est parce qu’il est hors de question de sortir de cette taule alors que Larissa y est encore. Les policiers, toujours aussi prévenants, m’attribuent immédiatement pour moi toute seule une cellule fraîchement nettoyée, avec une couverture trouée mais propre. Je m’allonge et je m’endors comme un bébé après cette bien rude journée, malgré mon genou qui me fait décidément de plus en plus mal.

Mardi - 10:10 am

Bonne nouvelle : on vient m’apprendre que Larissa est libérée sous caution elle aussi. J’appelle aussitôt Dick pour qu’il vienne nous chercher.

Cependant, quand les gardiennes m’amènent à la cellule où Larissa a passé la nuit, c’est une véritable scène d’horreur que je découvre. Dans un espace strictement identique à celui dont je disposais pour moi toute seule (dix mètres carrés à peu près), c’est pas moins de neuf détenues qui sont enfermées. L’endroit empeste la pisse et le vomi. Les filles ont l’air vraiment patibulaire, surtout cette grosse rouquine avec des cheveux énormes qui me dévisage avec un regard mauvais.

Mais le vrai choc, c’est Larissa. Ma Larissa. Méconnaissable. Atrocement défigurée, du sang séché sur le visage, l’arcade ouverte. Incapable de marcher sans qu’on l’aide. Quelle est la connasse qui lui a fait ça ?

Pas besoin d’attendre longtemps pour la réponse : sitôt refermée la grille de la cellule, la grosse rousse se jette violemment sur les barreaux et aboie un truc en russe. Puis elle retourne s’asseoir en ricanant.

- Qu’est-ce qu’elle beugle, celle grosse vache ? lui demandé-je en la soutenant par le bras.

- Elle dit que nulle part je ne serai plus en sécurité maintenant, me répond-elle d’une voix à peine audible. Qu’ils me retrouveraient où que je sois.

- Qui ça, “ils” ?

- Les services secrets russes.

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Ok, là j’avoue : ils ont assuré…
Par Matsya

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Mars attaquée par les spammeurs !!!
Par Matsya

mars needs spam

Hello à tous !

Je ne sais pas par où ils rentrent, ces petits saligauds, mais ils sont bien là : les spammers ont investi Mars | Semi | Direct.

Ceux d’entre vous qui sont abonnés à la mailing list ont reçu en plusieurs exemplaires un mail parlant de “Lyrics, Songs”, etc. Toutes mes excuses pour ce dérangement : je sais à quel point il est désagréable et déroutant de recevoir ce type de mail.

Ils ont également réussi à créer plusieurs fausses pages sur ce site (but de la manoeuvre : faire croire à Google que plein de gens les aiment).

Promis : je ferai de mon mieux pour me débarrasser de ces parasites le plus rapidement possiblle. En attendant, merci pour votre patience et votre fidélité.

Bises à tous et à toutes.

Matsya

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